VOITEKHOVITCH Vadim

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Vadim Voitekhovitch est né en 1963 dans la ville biélorusse de Mozyr. Son père est officier dans l'armée soviétique et sa mère médecin. Des parents cultivés avec qui, dès son enfance, il fréquente les musées et les galeries et où il découvre l'époque impériale, qui le fascine immédiatement.
Il commence ses études en Ukraine et en 1980 il s’inscrit à l'école professionnelle d'art de Bobruïsk en Biélorussie, pour suivre le cursus de décorateur et d’agenceur d'intérieur. En effet, ses parents se sont opposés à ce que leur fils devienne artiste. Pour eux, c'est un mauvais métier, où on ne gagne rien et avec lequel on n'a même pas quelque chose à échanger. Il sort diplôme en poche en 1985 et travaille aussitôt comme décorateur dans l'entreprise Dwigatei à Tallinn en Estonie.
Ce n'est qu'après la dissolution officielle de l'URSS et de ses républiques en 1991 et 1992, qu'il peut franchir le pas et devenir artiste indépendant. Il débute en 1993 avec l’activité peu édifiante de peintre de rue à Tallinn, qui lui permet de vendre des illustrations de monuments aux touristes. S’il peint tous les jours, les mêmes motifs, il découvre que son intérêt pour le passé est un tremplin pour l'avenir. Les motifs sur lesquels il peint ses réalités alternatives, il les trouve à l'extérieur, dans la ville, une rangée de maisons ici, une rue là, un coin, une tour. Il en fait des mondes de nostalgie qui n'existeront jamais.
Vadim s’est marié et a deux enfants. Sa femme, qui est de confession juive, n’a pas la vie facile en Russie. Aussi en 2004, la famille décide de se réfugier en Allemagne où elle imagine qu’elle pourra mieux vivre. Mais les débuts vont être difficiles, après un périple par la ville industriel de Dessau en ex RDA, les autorités autorisent la famille a déménagé à Halle, une belle ville où il reste beaucoup de magnifiques bâtiments de l'époque impériale. Les années allant de la bataille des Nations à l'ère victorienne et à l'époque d'Edouard VII vont pour le biélorusse, dont le grand-père était pourtant polonais et qui bientôt se sentira lui-même allemand et originaire de Halle, devenir le modèle préféré de ses tableaux entre surréalisme et réalisme. Le peintre Vadim, essaie de découvrir l'âme ancienne des choses et pour cela, il a besoin des yeux du 19ème siècle.
Dans sa demi-petite chambre, qui remplace un atelier trop cher, Vadim peint à l'huile ou à l'acrylique ses paysages cérébraux fantastiques, faits de l'ambiance révolue d'époques oubliées et de sa propre nostalgie d'un lieu dépourvu de l'uniformité du présent. Ses tableaux sont justement pour lui une fuite du présent et quand il peint, il peut laisser ses pensées s'envoler.
Le succès lui donne raison. Dans la scène dite steampunk, un domaine artistique où des machines à vapeur, des appareils et des véhicules à l'allure techniquement futuriste sur l'eau, sur terre et dans les airs sont associés à des moyens et des matériaux de l'époque victorienne et où d'autre part, cette époque victorienne est représentée de manière remarquablement idéalisée en ce qui concerne la mode et la culture, le peintre de Halle qui préfère peindre l'impossible, des chantiers de dirigeables et des voitures à vapeur, des ports de sous-marins et des ponts en fer forgé, est une star.
Il s’inspire du XIXème siècle et ses technologies pour imaginer un monde rétrofuturiste. Ce siècle qui était une période de transition entre la technique et l'industrie, où tout était encore fait à la main, des pièces uniques d'une nouvelle époque, fabriquées avec les moyens à l'ancienne.
L’artiste s'ennuie de la modernité où tout est identique, tout est prêt à l'emploi et de sa monotonie sans caractère. Pour lui, la technique a souvent l'air organique, comme si elle n'en était pas une et lorsque l'époque du Bauhaus a commencé, tout est devenu ennuyeux. "Design mort", c'est ainsi qu'il qualifie tous les iPhones, tablettes, écouteurs, téléviseurs et appareils ménagers qui se trouvent aujourd'hui dans les magasins, uniformes et interchangeables. Cela ne l'intéresse pas.
Dans ses toiles, il se plaît à peindre des villes imprégnées de l’époque victorienne, à la différence près que le ciel et les rues pavées fourmillent de machines à vapeur, comme de grands dirigeables et autres monuments volants. Le contraste des couleurs, claires pour le ciel et sombres pour la ville, ainsi que la composition de ses œuvres, amplifient le sentiment de gigantisme que dégagent ses peintures et portent inévitablement le regard vers ces grands bâtiments volants. Cette vision fantasmée du XIXème siècle où les progrès technologiques auraient mené l’Homme à construire de formidables machines futuristes et réaliser des exploits inédits est un parfait exemple d’uchronie victorienne, dont il est l’un des représentants majeurs.
Quant aux experts qui lui disent qu'il est pratiquement impossible que ses dirigeables décollent comme il les peint, ils le font sourire et ils peuvent parler autant qu'ils veulent. Il peut faire voler ce qu'il veut.
Vadim Voitekhovitch vit et travaille toujours dans la ville de Halle dans le Land de Saxe-Anhalt sur les bords de la Saale.