lundi 18 octobre 2021

Stephen Hickman

Stephen Hickman est né le 9 avril 1949 à Washington aux États-Unis. Son père, ancien professeur d’anglais, fait partie du corps diplomatique et, enfant, il voyage à travers le monde. Il vit à Manille aux Philippines et à Karachi au Pakistan avant de revenir aux États-Unis, où sa famille passe par le Texas et l’Arizona avant de s'installer à Alexandria en Virginie. Son père lui raconte régulièrement des histoires, qu'il s'agisse d'histoires de fantômes ou de ses propres expériences dans les îles des Philippines. Si Stephen lui attribue le mérite d'avoir suscité son intérêt pour la littérature et l'écriture, c’est sa mère qui l'a initié à la peinture et l'a encouragé à être original en toutes choses. Mais de façon générale, ses deux parents l'ont toujours soutenu dans ses efforts de création.
À Alexandria, Stephen va au lycée Francis Hammond où le programme artistique est dirigé par Fletcher Proctor, qui sera plus tard responsable de l'art dans tout le district scolaire. Entre les sessions régulières et les sessions d'été, Stephen reçoit l'équivalent de huit années de cours en art de la part de Fletcher Proctor, ce qu'il considère comme toute la formation utile et nécessaire pour sa future profession. Après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, il passe deux ans au Richmond Professional Institute, qui fait maintenant partie de la Virginia Commonwealth University, où il partage les cours avec Michael Kaluta, Phil Trumbo et Charles Vess.
La carrière de Stephen Hickman prend un tournant lorsqu'en 1967, alors qu'il a 18 ans, il assiste avec Michael Kaluta à l'une des toutes premières conventions de bandes dessinées, la Comic Con de l'Academy of Comic-Book Fans and Collectors, qui avait été créée quelques années plus tôt par Jerry Bails. Il y rencontre les légendaires illustrateurs de fantasy Frank Frazetta et Roy G. Krenkel. Si les deux hommes, attentionnés et intéressants, le conseillent sur la maîtrise de l'anatomie artistique, avec une attention toute particulière au squelette, ils lui conseillent également de ne pas regarder à la dépense pour l’achat de bons pinceaux et surtout, l'incitent à faire carrière dans l'art. La convention va également lui ouvrir les yeux. En effet, il y découvre des peintures originales, alors qu’il avait passé des années à ne connaître les artistes qu'à travers les couvertures de livres de poche.
La rencontre et les échanges avec Frank Frazetta et Roy G. Krenkel, transforment Stephen Hickman et Michael kaluta en deux personnages entièrement tournés vers l'art, un objectif que les deux jeunes artistes ne perdront plus jamais de vue. Cette expérience, et le livre d'Alphonse Mucha qu’ils trouveront à la bibliothèque, seront les révélateurs qui vont le pousser vers sa carrière de peintre et d’artiste.
La carrière professionnelle de Stephen démarre en 1972 lorsqu'il obtient un emploi chez Shirt Explosion, une entreprise de Lanham dans le Maryland, pour laquelle il dessine des motifs pour des t-shirts. Stephen Hickman y bénéficie d'une liberté artistique pratiquement illimitée et comprend qu'il peut gagner sa vie en faisant ce dont il a envie. Il réalise dans le même temps quelques peintures pour les utiliser comme pièces d’un portfolio.
Son entrée dans l'illustration de livres se fait deux ans plus tard, lorsque Neal Adams de Continuity Studios présente Stephen à Charles Volpe, directeur artistique chez Ace Books, l'entreprise qui a publié les livres de Burroughs avec les remarquables couvertures de Roy Krenkel et Frank Frazetta. Charles Volpe va lui acheter les droits d'une peinture se son porfolio, qui sera utilisée sur la couverture de Lady of the Bees de Thomas Burnett Swann. Ensuite, une autre avec du vert, utilisée pour The Green Millennium, puis encore une autre pour la couverture de The Brain Stealers, de Murray Leinster, une sur laquelle il devra travailler pendant des mois et encore d’autres pour les réimpressions d’Ace Doubles dans la série Classics of Science-Fiction.
Ses œuvres ont depuis illustré les histoires de Robert A. Heinlein, H. P. Lovecraft, J. R. R. Tolkien, Orson Scott Card, Neil Gaiman, George R. Martin, Anne McCaffrey, Andre Norton, les romans Man-Kzin Wars de Larry Niven et la série Dragaera de Steven Brust. Il a dessiné plusieurs centaines de couvertures de romans de science-fiction et de fantasy pour des sociétés comme Ace, Baen, Ballantine, Bantam, Berkeley, Dell, Del Rey, Doubleday, Phage Press, Tor et Warren Publications. Il a également réalisé quelques couvertures de bandes dessinées, comme cette brillante couverture de Savage Sword of Conan.
Stephen Hickman a fini par maîtriser une grande variété de styles et être connu pour sa polyvalence, même si son travail a toujours montré de fortes influences allant des Maîtres hollandais à l'Art Nouveau, dont l’esthétique des lignes courbes hautement décorative et organique n’a jamais cessé de l’influencer.
Cependant, son travail est particulièrement remarquable pour deux caractéristiques. Tout d’abord son utilisation des possibilités de la couleur à l'huile, en couches à la fois transparentes et translucides, est équilibrée pour créer des ambiances subtiles qui peuvent aller du contemplatif au troublant. Frank Kelly Freas a déclaré que personne depuis Rembrandt n'a maîtrisé l'utilisation de l'or comme l'a fait Hickman. Ensuite l’intelligence de ses personnages, en particulier des femmes. Les visages des sujets d'Hickman sont pleinement engagés dans une réflexion, parfois absorbés dans un rêve, parfois au bord d'un "aha" culminant. Cette caractéristique pourrait être comparée à celle d'un autre peintre, le célèbre Maître néerlandais Vermeer.
Sa plus grande force est donc sans doute son utilisation de la couleur. Travaillant principalement à l'huile, il a développé plusieurs styles distincts adaptés à différents sujets. Ses œuvres de science-fiction sont nettes et précises, les exemples les plus connus sont probablement les couvertures qu'il a réalisées pour la série Man-Kzin Wars de Larry Niven. Ses couvertures de fantasy sont, comme on peut s'y attendre, plus introspectives et picturales, parfois romantiques dans un style un peu préraphaélite, parfois très stylisées, avec des échos d'illustrations médiévales. Si on estime qu'il a peint plus de 400 couvertures de livres, il a été moins prolifique dans l'illustration de magazines. Ses illustrations inspirées des œuvres de J.R.R. Tolkien sont parues sous forme de gravures et de posters et sur les deux parues dans Realms of Tolkien : Images of Middle-Earth (1996), l'une d'elles, The Black Rider, a été utilisée comme couverture du calendrier Tolkien 1998.
Il a également réalisé des sculptures commerciales, notamment une statuette de Cthulhu pour Flights of Imagination en 1996, créée d'après une précédente illustration de couverture réalisée pour le récit de H.P. Lovecraft, L'Appel de Cthulhu (Baen Books ) et un jeu d'échecs basé sur les personnages créés par J. R. R. Tolkien.
Son seul roman est The Lemurian Stone publié en 1988 chez Ace Books. Dans cet ouvrage, il créé le Pharazar Mythos, qui a servi de base à plusieurs peintures majeures.
Mais son oeuvre la plus célèbre est probablement la série de timbres des services postaux américains de 1993 qu'il a peinte. Les tout premiers timbres rassemblées dans le livret de timbres commémoratifs Space Fantasy, célébrant le monde de la science-fiction et du fantastique. L’artiste a reçu un prix Hugo spécial de la World Science Fiction Convention en 1994 pour cette œuvre.
Son travail lui a valu la reconnaissance de la critique et il a maintes fois été récompensé. Côté Chesley il a remporté un Artistic Achievement Award (2000), quatre Best Color Work, Unpublished Awards (1996, 1998, 2000 et 2007) et un Best Cover Illustration, Paperback Award en 1990 pour Gryphon (1989) de Crawford Kilian. En 1986, il a reçu le premier prix Jack Gaughan de la NESFA pour le meilleur artiste émergent. Enfin il a été récompensé par deux Gold Awards dans l’anthologie Spectrum et plusieurs prix Best of Shows aux World Fantasy and Science Fiction Conventions.
On peut retrouver ses œuvres dans deux livres, The Fantasy Art of Stephen Hickman publié en 1989 chez Donning Company Publishers et Empyrean, The Art of Stephen Hickman, en 2015 chez Titan Books.
Stephen Hickman est décédé de causes naturelles, le 16 juillet 2021 à son domicile de Red Hook. Il avait 72 ans.